Le voile se lève sur l’ampleur stupéfiante du trafic de minerais en République Démocratique du Congo. Un rapport des Nations Unies, consulté ce 2 juillet, révèle comment la contrebande de coltan, étain et autres ressources congolaises vers le Rwanda s’est intensifiée avec la guerre. Les rebelles du M23 sont directement mis en cause, accusés de piloter ce pillage, avec un soutien explicite du Rwanda. La chute de Bukavu, en février 2025, a offert aux rebelles le contrôle de points de passage frontaliers cruciaux, ouvrant les vannes à une exportation illégale sans précédent.
Mines de sang, comment la contrebande nourrit le conflit et sape la paix en RDC
Cette révélation choc pourrait torpiller l’accord de paix signé le 27 juin entre la RDC et le Rwanda. Le rapport onusien, dont la publication est imminente, décrit une exploitation minière illégale et une contrebande ayant atteint des « niveaux sans précédent ». Les enquêteurs de l’ONU ne mâchent pas leurs mots, pointant un « soutien sans faille » du gouvernement rwandais derrière ce juteux trafic.
« Qu’une seule voie d’issue : le Rwanda »
Depuis 2021, l’avancée du M23 dans l’est de la RDC a permis aux rebelles de s’emparer de zones regorgeant de richesses minérales : or, cuivre, étain, et surtout le coltan, indispensable à l’électronique mobile. « Avec la prise de la mine de Rubaya et d’autres mines dans le Sud-Kivu par les soldats du M23, il n’est pas étonnant de voir une hausse de la contrebande », affirme Jean Keba Kangodie, directeur de plaidoyer d’Afrewatch.
La mine de Rubaya (Nord-Kivu), qui représente 15% de la production mondiale de coltan, est désormais aux mains du M23. Des rapports onusiens de 2024 attestent la mise en place d’une administration parallèle pour organiser le commerce et le transport vers le Rwanda. Le rapport de l’ONU est catégorique : « Les preuves indiquent un risque croissant de fraude transfrontalière car les minerais du Nord-Kivu, en particulier le coltan de la mine de Rubaya contrôlée par les AFC/M23, ont continué d’être acheminés en contrebande vers le Rwanda. »
La prise de Bukavu, ville frontalière, en février 2025 par les rebelles a sécurisé deux points de passage majeurs vers le Rwanda, facilitant d’autant plus le trafic. Pour la seule dernière semaine de mars 2025, l’ONU a recensé 195 tonnes de minerais passées en contrebande, souvent de nuit pour échapper à la détection. « Depuis la prise de contrôle des sites miniers et la perte de contrôle des frontières par l’État congolais, les exploitants locaux n’ont désormais qu’une seule voie d’issue : le Rwanda », confirme Jean Keba Kangodie.
800 000 dollars par mois pour le M23
Les conquêtes du M23 exigent des financements colossaux. Jean-Pierre Okenda, directeur des industries extractives à Resource Matters, explique à TV5MONDE : « La guerre a un coût. Si vous contrôlez des villes entières, il faut recruter, former, enrôler. Tout ça coûte et ça ne peut être supporté seulement par le Rwanda. Donc la solution est de faire pression sur les ressources. »
Après leur exportation, les minerais congolais sont mélangés à la production rwandaise, rendant toute traçabilité opaque, selon l’ONU. Une étude de Global Witness révèle que 90% du coltan, de l’étain et du tungstène (les « 3T ») exportés par le Rwanda sont d’origine illégale, introduits depuis la RDC. En 2024, l’ONU confirmait déjà que le M23 percevait 800 000 dollars par mois en taxes sur les mines de coltan de l’est du Congo.
La société rwandaise Boss Mining Solution est citée par l’ONU comme un acteur clé de cette exportation illégale, dirigée par un ancien trafiquant lié aux rebelles. Elle aurait exporté 150 tonnes métriques de coltan en 2024, pour une valeur d’au moins 6,6 millions de dollars. En comparaison, le Rwanda aurait exporté 2 300 tonnes de coltan l’année dernière, selon les registres douaniers, un chiffre contesté par onze géologues et experts miniers qui estiment que le Rwanda exporte bien plus qu’il ne produit. La banque centrale du Rwanda a d’ailleurs suspendu la publication des statistiques d’exportation après la prise de Rubaya par le M23, un acte qui soulève des questions.
Un accord de paix ébranlé
Ces révélations jettent une ombre menaçante sur le récent accord de paix RDC-Rwanda, signé le 27 juin sous l’égide de Washington. L’accord prévoyait pourtant des engagements sur l’intégrité territoriale et la fin des hostilités. Un « cadre d’intégration économique régional » était même censé apporter plus de transparence aux chaînes d’approvisionnement en minerais.
Le Rwanda a toujours nié soutenir le M23, malgré un premier rapport de l’ONU début juillet qui pointait son rôle dans la chute de Goma et Bukavu. Ironie du sort, ce 8 juillet, le site belge La Libre a révélé une plainte déposée devant la justice belge visant neuf membres de la famille du président Tshisekedi pour le pillage de sites miniers au Haut-Katanga et au Lualaba, ajoutant à la complexité et aux enjeux de cette contrebande qui déchire l’Est congolais.
La contrebande de minerais est-elle un mal endémique dont la RDC ne pourra jamais se défaire ?

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