C’est une équation économique absurde qui scandalise la capitale congolaise. Alors que Kinshasa est plongée dans l’obscurité par des coupures d’électricité intempestives et répétées, la Société Nationale d’Électricité (SNEL) a lancé une opération de recouvrement forcé et intensif des factures impayées.
Menaces de déconnexion immédiate, frais de rétablissement et contrôles stricts sur le terrain. La société publique exige le paiement rubis sur l’ongle d’un service qu’elle peine dramatiquement à fournir.
Une économie urbaine asphyxiée par le « blackout »
Sur le plan économique, l’impact de cette instabilité énergétique est dévastateur. À Kinshasa, l’absence d’électricité fiable paralyse le tissu des petites et moyennes entreprises ainsi que l’économie informelle. Chambres froides, salons de coiffure, ateliers de fabrication, boulangeries et ateliers de soudure tournent au ralenti. Pour maintenir leurs activités, les entrepreneurs sont contraints de recourir à des groupes électrogènes.
Ce surcoût asphyxiant en carburant absorbe l’essentiel de leurs marges bénéficiaires, quand il ne les pousse pas simplement à la faillite. Dans les ménages, l’absence prolongée de courant gâche la vie quotidienne, entraîne la détérioration des denrées alimentaires et accroît l’insécurité dans les quartiers.
Le paradoxe d’un contrat commercial à sens unique
Cette rigueur unilatérale soulève une question légitime. Comment la SNEL peut-elle contraindre ses clients à honorer leurs factures tout en manquant à son devoir fondamental de fourniture d’énergie ?
Comme le souligne la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), exiger le paiement des consommations est légitime, mais cette exigence doit impérativement s’accompagner d’une prestation régulière et de qualité. En économie de service, la facture est la contrepartie logique d’une prestation reçue. Facturer l’obscurité s’apparente dès lors à un abus de position dominante.
Par ailleurs, les zones d’ombre entourant le projet de location de navires-centrales turcs alimentent le scepticisme. Sans explications claires sur les coûts, les tarifs du kilowattheure et les investissements durables destinés à moderniser les réseaux et les centrales d’Inga, les abonnés ont le sentiment de supporter le coût d’une gestion défaillante.
Restaurer la confiance avant d’imposer des sanctions
Assainir les finances d’une entreprise d’État est une nécessité de gestion, mais pénaliser des abonnés déjà lésés est une erreur de méthode. Pour redynamiser l’économie kinois, la SNEL et le gouvernement doivent prioriser l’amélioration effective de la desserte. L’urgence n’est pas seulement de recouvrer des créances, mais de rétablir le contrat de confiance avec les usagers.



