Au cœur de la 95ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres tenue à Kaniama-Kasese, l’annonce par la ministre du Portefeuille du lancement d’un processus de sélection compétitif et méritocratique pour 140 postes dans 15 entreprises publiques résonne comme une rupture doctrinale. La SNEL, la REGIDESO, la RVA ou l’ONATRA, trop longtemps engluées dans les pesanteurs de la cooptation et du patronage, seraient-elles enfin prêtes à basculer dans l’ère de la gouvernance moderne ?
Sur le plan économique et managérial, l’avantage d’une telle décision est incontestable. Pour transformer le gigantesque potentiel congolais en richesse réelle et bâtir des chaînes de valeur industrielles locales, il faut des infrastructures publiques performantes. Ouvrir la gestion du portefeuille de l’État à la concurrence des compétences tant nationales qu’issues de la diaspora constitue le seul levier capable d’insuffler la rentabilité et d’interrompre l’hémorragie financière des géants publics. L’intention de substituer le mérite aux affinités partisanes touche au cœur de la transformation sociétale. Il s’agit de redonner de la valeur à l’expertise, à la rigueur et à la responsabilité.
Toutefois, la noblesse de la théorie se heurte invariablement aux réalités du terrain. La volonté d’inscrire la méritocratie au sein de l’appareil d’État soulève une interrogation fondamentale. Le pouvoir politique saura-t-il réellement s’effacer au profit de la seule compétence ? Le risque majeur réside dans la tentation de transformer cet appel public à candidatures en un filtre cosmétique, destiné à habiller de légitimité technique des choix préalablement arbitrés dans les officines politiques.
L’épreuve de vérité de ce concours national ne résidera pas dans la beauté des cahiers des charges ou la modernité des plateformes numériques, mais dans l’impartialité absolue du jury et l’autonomie accordée aux futurs gestionnaires. Pour dépasser le clientélisme et faire de cette réforme un moteur d’industrialisation et de progrès durable, le Gouvernement doit faire preuve d’une volonté d’acier. C’est à ce prix que la République démocratique du Congo cessera d’être une terre de simples potentialités pour devenir une véritable puissance économique transformatrice.

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