Le barrage Inga 3 suscite une onde de choc, secouant les eaux calmes du fleuve Congo et provoquant des remous parmi les populations locales et les observateurs internationaux. Entre les aspirations nationales de développement énergétique et les craintes légitimes d’impacts environnementaux et sociaux, le projet Inga 3 est devenu un véritable champ de bataille où s’affrontent visions et intérêts.
Les pêcheurs du Kongo-Central sonnent l’alarme face au Barrage Inga 3. Dimanche 15 juin, des voix s’élèvent du Kongo-Central. Des pêcheurs, issus de dix territoires de la province, expriment fermement leur désapprobation face à la construction du barrage Inga 3. Dans un communiqué virulent adressé à Radio Okapi, ils partagent leurs craintes. Il ce projet d’envergure « aggravera les conséquences environnementales déjà observées lors des constructions des barrages Inga 1 et 2 ».
Ces sentinelles du fleuve n’hésitent pas à interpeller directement le chef de l’État, Félix Tshisekedi. Ils l’exhortent à « préserver l’identité de la RDC en tant que ‘pays solution’ face aux changements climatiques, et à éviter tout projet allant à l’encontre d’une transition énergétique juste. » Cette prise de position unanime a émergé lors d’un atelier d’échange crucial, axé sur l’avenir de la pêche dans le bassin du fleuve Congo, à la lumière des défis posés par le projet Inga 3.
La Banque Mondiale Relance le Débat, la Société Civile S’Inquiète des Impacts
Cette déclaration des pêcheurs intervient à peine une semaine après le déblocage par la Banque mondiale de 250 millions de dollars, destinés à relancer le projet. Ce financement inaugural cible la première phase, qui englobe la réalisation des études de faisabilité, l’évaluation des options techniques, l’analyse des impacts sociaux et environnementaux, ainsi que l’exploration des possibilités de financement. L’objectif est ambitieux : propulser le taux d’électrification du pays de 21 % à plus de 60 % d’ici 2030. La production énergétique projetée pourrait atteindre entre 2 et 11 gigawatts, une capacité suffisante pour alimenter le Kongo-Central, Kinshasa, et même permettre des exportations vers des pays comme l’Afrique du Sud.
Cependant, la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes de l’action publique (CORAP) met en garde contre les revers potentiels. Elle estime que le projet de construction du barrage hydroélectrique Inga 3 « aura un impact environnemental et social négatif sur le vécu quotidien de la population congolaise et sud-africaine. » Lors d’un point de presse tenu le jeudi 17 février à Kinshasa, la CORAP a justifié sa position en s’appuyant sur une étude capitale publiée par les ONG sud-africaines International Rivers et WoMin African Alliance.
Pertes énergétique et déplacements, les alarmes de la CORAP
Emmanuel Musuyu, secrétaire technique de la CORAP, éclaire davantage la situation. L’étude révèle des pertes considérables. « Par exemple l’Afrique du Sud qui veut 2 500 mégawatts parce qu’il paie les 2 500 mégawatts, quelques soient les pertes, il doit avoir ses 2 500 mégawatts, les miniers qui paient pour 1 300 mégawatts, quelques soient les pertes, eux ils ont besoin de 1 300 mégawatts « , a-t-il fait savoir avant de souligner l’iniquité de la répartition. « Et sur cette clé de répartition au tour de 4 800 mégawatts, il y a 1 000 mégawatts qui restent pour la population. Maintenant, imaginez qu’il y a 500 mégawatts qui sera perdu seulement pour l’Afrique du Sud et ces 500 mégawatts seront déduits dans le package de la population « , a-t-il expliqué.
Musuyu alerte sur les répercussions directes pour les Congolais : « Donc en tout et pour tout, les impacts qu’ils soient sur le plan d’accès à l’électricité, financier, environnemental et social sont vraiment assez importants pour la population congolaise. » Il ajoute qu’un nombre significatif de ménages feront face à une délocalisation forcée pour la réalisation de ce projet colossal.
Face à ces enjeux, International Rivers et WoMin African Alliance exhortent le gouvernement sud-africain à réorienter les capitaux initialement destinés à Inga 3 vers des programmes de promotion des énergies renouvelables. La CORAP, de son côté, continue de militer pour la transparence, ayant tenu une conférence de presse le 11 juin dernier pour dénoncer « l’opacité constatée dans le cadre des négociations du projet de construction du barrage hydroélectrique Inga 3. »
Le bras de fer autour d’Inga 3 se poursuit, engageant le destin énergétique et environnemental de la RDC et au-delà. Comment le gouvernement de Félix Tshisekedi conciliera-t-il les impératifs de développement avec les appels à la prudence des communautés et de la société civile ? L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre, c’est que le débat sur le barrage Inga 3 est loin d’être clos.

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