Au carrefour du droit et de l’humanitaire, Maître Bobette Djuma, avocate au Barreau du Haut-Katanga, a érigé l’ASBL Providence Justicia (PROJUS) en rempart contre la vulnérabilité. Face à « l’observation sociétale alarmante » d’une jeunesse aux repères éducationnels érodés, sa vision est celle d’une transformation radicale : utiliser l’éducation et l’autonomisation financière, concrétisée par des initiatives comme la formation du 30 juillet, pour rétablir le destin des plus fragiles. Ses actions sont audacieuses : de l’obtention de la sanction judiciaire pour une fillette victime de viol, illustrant l’impératif de la protection, au plaidoyer pour une justice juvénile réparatrice où la détention devient une opportunité de « resocialisation constructive ».
Malgré un chemin qu’elle anticipe « long et exigeant », cette membre de l’AIFA cultive un optimisme stratégique, transformant les défis en leviers de partenariat. Ses ambitions culminent avec le projet majeur d’ici cinq ans : rétablir les Établissements de Garde, d’Éducation et de Rééducation (EGE) et étendre l’impact de PROJUS à six provinces de la RDC avant trois ans. Maître Djuma, mère de famille et fervente défenseure des droits humains, incarne ainsi un modèle de dévouement jetant les bases d’une société congolaise plus juste et autonome. Ci-dessous, veuillez savourer l’intégralité de l’interview exclusive qu’elle a accordée à notre rédaction de Progreseco.com :

Frank Djodjo Mulamba (FDM)/ Quel a été l’élément déclencheur de la création de PROJUS, et quelle vision guide ses actions pour transformer la société congolaise ?
Bobette Djuma (BD)/ Je vous remercie de l’opportunité de présenter l’ASBL Providence Justicia (PROJUS), fondée en 2024, une organisation à vocation socio-éducative, sanitaire, humanitaire et environnementale, en toute indépendance politique.
Le facteur déterminant de notre création réside dans une observation sociétale alarmante : la dégradation progressive des valeurs culturelles et éducationnelles de notre jeunesse, pilier de la relève. Ces fragilités résultent des multiples influences exogènes et de transitions n’ayant pu s’harmoniser avec nos réalités. Notre impulsion initiale fut d’investir le secteur de l’éducation et de l’encadrement, afin de réduire le taux d’ignorance et d’insuffler aux jeunes un « esprit compétitif et positif » par des formations et des concours.
FDM/ Alors s’agissant des actions ?
BD/ La structure a été conçue pour un engagement holistique envers les populations vulnérables. Cette vision se déploie à travers plusieurs axes dont l’autonomisation et l’Inclusion et le foyer de l’action. Pour ce qui est du premier axe, nous assistons les femmes, couche particulièrement exposée, en leur offrant des formations professionnelles et des cours en gestion financière afin d’accroître leur autonomie économique. Nous accompagnons également les ressortissants étrangers dans la régularisation de leur séjour ou la concrétisation de projets entrepreneuriaux.
Concernant le foyer de l’action et l’enfance vulnérable, nous nous dédions aux enfants déplacés, orphelins, en situation de handicap, et surtout aux mineurs en conflit avec la loi. Pour ces derniers, nous militons pour une réinsertion socio-professionnelle : l’incarcération ne doit être ni simple privation de liberté, ni punitive. Elle doit être un temps de formation et de resocialisation constructive, permettant de « joindre l’utile à l’agréable».
FDM/ Parmi toutes vos réalisations, quelles actions ont eu le plus grand impact sur les communautés que vous servez ?
BD/ Il est difficile de quantifier l’impact, mais l’une de nos interventions les plus marquantes s’est déroulée en septembre de l’année précédente. Il s’agit du cas d’une fillette de six ans victime de viol, que nous avons accueillie et représentée devant la justice.
Nous avons mené l’assistance jusqu’à ce que l’infracteur soit définitivement sanctionné par l’enfermement, répondant ainsi de son acte. Parallèlement, nous avons formulé un plaidoyer éloquent auprès de l’autorité provinciale qui a répondu avec une louable célérité. Celle-ci est intervenue pour prendre en charge l’enfant. Accueillie par les cliniques universitaires de Lubumbashi, la fillette a bénéficié de multiples chirurgies réparatrices. À ce jour, elle a retrouvé la santé et a pu reprendre le chemin de l’école. Cet acte de bravoure, qui conjugue la rigueur de l’action judiciaire et la compassion de la réhabilitation physique et sociale, demeure une de nos plus grandes fiertés.
Un autre pas décisif a été franchi le mardi 30 juillet avec l’organisation d’une formation sur la gestion des finances personnelles. Sous le thème, « Comment bien gérer ses finances et comprendre où vont vos flux de trésorerie entrants et sortants », cette initiative, animée par la coach financière Aline Selemani Nyota, a permis à la population de reprendre le contrôle de son destin financier. Ces actions d’éducation concrète sont fondamentales pour l’autonomisation des communautés que nous servons.
FDM/ Face aux défis que vous rencontrez, comment PROJUS s’adapte-t-elle pour continuer de mener à bien sa mission ?
BD/ Notre démarche est avant tout une vocation. Nous n’avons jamais occulté la réalité des défis, conscients que notre voie serait exigeante. Plutôt que de déplorer les difficultés, nous y voyons des étapes que nous avions anticipées. Nous nous sommes préparés à un long chemin, loin de tout repos illusoire.
Pour ce qui est de la recherche d’accompagnement, nous sommes résolument optimistes. Notre mission est noble et, de ce fait, nous avons la conviction qu’en sollicitant de l’aide, nous trouverons des portes ouvertes. La vision de Providence Justicia nous a été donnée par celui qui pourvoit, et c’est avec cette foi et cette certitude d’être accompagnés que nous nous engageons à progresser sans relâche.
FDM/ Comment la collaboration avec d’autres acteurs locaux ou internationaux renforce-t-elle votre capacité à atteindre vos objectifs ?
BD/ Je préfère ne pas me focaliser sur les obstacles, mais plutôt envisager nos efforts sous l’angle de la réussite potentielle. Si d’aventure un partenaire ne répondait pas présent, notre détermination est telle que nous nous positionnerions comme notre propre partenaire.
Néanmoins, nous avons déjà établi des partenariats locaux fructueux. À titre d’exemple, lors de l’organisation d’une formation en éducation financière en août dernier, nous avons collaboré avec des organismes de la place ainsi que des institutions bancaires. Nous sommes confiants que les activités futures, inscrites à notre calendrier, bénéficieront également de la même synergie avec de nouveaux organismes partenaires. La collaboration est un multiplicateur d’impact essentiel.
FDM/ Dans cinq ans, comment imaginez-vous l’impact de PROJUS en RDC, et quels sont vos projets les plus ambitieux pour l’avenir ?
BD/ Nos projets d’avenir les plus audacieux se concentrent sur la réforme de la justice juvénile. Nous militons actuellement pour que notre voix soit entendue et que la procédure devant le tribunal pour enfants soit améliorée. Nous avons initié des démarches pour l’établissement d’une juridiction d’appel dédiée aux mineurs.
De manière plus urgente, nous œuvrons afin que, d’ici cinq ans, l’hébergement des enfants en conflit avec la loi soit régi par la recréation des EGE (Établissements de Garde, d’Éducation et de Rééducation). Il est fondamental que ces structures garantissent une détention adéquate et, surtout, une politique de resocialisation durable et profitable pour l’enfant. Il ne servirait vraiment pas à grand-chose que l’on enferme des enfants qui enfreignent la loi… non pas dans le but de nous les rendre plus tard pires que ce qu’ils étaient.
Nous sommes engagés sans faille pour que le temps de détention soit un investissement pour l’avenir de ces jeunes. Parallèlement, nous avons l’ambition d’étendre notre action à six autres provinces de la République dans les trois années à venir, afin de démultiplier l’impact de Providence Justicia.


Journaliste économique, je décrypte l’actualité financière et les tendances du marché. Spécialiste en communication des organisations, j’analyse leurs stratégies. Consultant, j’élabore des stratégies de communication globale percutantes pour les entreprises. Mon expertise se situe à l’intersection de l’économie, de la communication et du conseil.



