L’heure est à la normalisation dans la périphérie Est de Kinshasa. Les communautés d’Inga et de Nguma viennent de formaliser un protocole de paix historique. Au-delà du symbole, cet accord marque le rétablissement d’un corridor vital pour les échanges agro-commerciaux de la commune rurale de Maluku.
C’est un signal fort pour le climat des affaires et la sécurité humaine dans l’hinterland kinois. Après des années de tensions qui ont asphyxié l’économie locale et érodé la confiance entre riverains, les leaders communautaires d’Inga et de Nguma ont officiellement validé, ce week-end à Nguma, leur « Protocole de paix, de cohésion sociale et de bon voisinage ».
Une ingénierie de paix soutenue par l’Union Européenne
Ce dénouement n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une médiation technique rigoureuse. Porté par le Consortium Boyokani, sous le leadership d’Interpeace et l’expertise de la Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse de Kinshasa (JPARCHIKIN), ce processus s’inscrit dans le projet structurant : « Appui à la médiation et au renforcement de la résilience des communautés affectées par les conflits au Mai-Ndombe et à Kinshasa ».
Financé par l’Union européenne, ce programme repose sur un paradigme essentiel : l’appropriation locale. Comme l’ont souligné les chefs coutumiers lors de la cérémonie, la pérennité de la paix dépend de la volonté des acteurs internes à transformer leurs différends en opportunités de coopération.
Les piliers du protocole : Sécurité, Foncier et Dividendes de la paix
Le document consensuel repose sur trois axes stratégiques destinés à restaurer l’attractivité de la zone :
- Le désenclavement économique : Le rétablissement immédiat de la libre circulation des personnes et des biens est la priorité. L’accord prévoit l’intensification des échanges commerciaux et le lancement de projets agricoles conjoints, transformant d’anciennes zones de conflit en bassins de production.
- La sécurisation foncière : Conscient que la terre est souvent au cœur des déchirures, le protocole impose un traitement prudent et concerté des litiges par les autorités coutumières pour prévenir toute escalade.
- Le pacte de non-violence : Un rejet absolu des discours de haine a été acté, renforcé par des activités d’intégration sociale par le sport et la culture.
Gouvernance et mécanisme d’alerte précoce
Pour garantir l’exécution de ces engagements, une architecture de suivi innovante a été mise en place. Selon M. Trésor Mbalanda, expert en médiation à la JPARCHIKIN, un « Mécanisme conjoint de suivi » intègre désormais les Espaces de Dialogue Intracommunautaire (EDI), incluant paritairement chefs coutumiers, autorités administratives, femmes et jeunes.
L’innovation réside également dans le déploiement d’un circuit d’alerte précoce. Ce dispositif permet de désamorcer les rumeurs avant qu’elles ne mutent en crise. En cas de blocage, M. Guylain Lunkalansoni, chargé de projet chez Boyokani, précise qu’une résolution graduelle est instaurée, privilégiant l’arbitrage administratif aux confrontations physiques.
Un acte d’engagement institutionnel
La solennité de l’accord a été scellée par les signatures des chefs de quartiers et de localités des deux entités, sous l’œil vigilant de la Révérende Sœur Perpétue Makiese Maleka, Directrice de la JPARCHIKIN, qui a parrainé cette facilitation.
Pour les observateurs, ce pacte Inga-Nguma dépasse le cadre local, car il offre un modèle de résilience communautaire qui, s’il est consolidé, pourrait servir de matrice pour la pacification d’autres zones de tension dans le Grand Kinshasa.

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