Face à l’imminence de l’obligation de la Facture Normalisée au 1er décembre, Aime Tshibangu, enseignant à la HEC Kinshasa et expert financier, décrypte cette réforme cruciale de la DGI. Il y voit la solution au vide fiscal qui minait la TVA, un système déclaratif jugé archaïque. En permettant le suivi des transactions en temps réel, la Facture Normalisée mettra fin à la fraude et garantira une mobilisation accrue des recettes publiques, promettant un budget 2027 supérieur. L’expert salue particulièrement le « travail de titan » abattu par le Ministre des Finances Doudou Fwamba pour généraliser et concrétiser cette avancée historique. Dans les lignes qui suivent, savourez l’intégralité de l’interview qu’il a accordée à Progreseco.com.
Frank Djodjo Mulamba (FDM) : La Direction Générale des Impôts (DGI) va lancer le 1er décembre prochain la facture normalisée. En tant qu’expert des questions économiques et financières, qu’entendez-vous par cette pratique fiscale ?
Aime Tshibangu (AT) : Il faut d’abord souligner que cette réforme tombe à point nommé. Lors de l’instauration de la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée), nous nous sommes posé beaucoup de questions. À l’époque, nous avions déploré que cette TVA allait enrichir uniquement certains opérateurs économiques, notamment les Indo-Pakistanais, ce que nous avons effectivement observé. Nous avions constaté qu’il existait un vide ou un chaînon manquant entre les opérateurs économiques et la DGI.
Nous nous étions alors demandé : pourquoi ne pas procéder comme le fait la Banque Centrale ? La Banque Centrale et les banques commerciales sont reliées par un logiciel. Lorsqu’un opérateur économique souscrit à une licence d’importation ou d’exportation, l’information est directement signalée au niveau de la Banque Centrale, qui peut ainsi suivre sa quote-part dans l’opération. Ce n’était pas le cas avec la DGI. Nous étions dans un système déclaratif où l’assujetti déclarait ce qu’il avait perçu, et la DGI se contentait de cette seule déclaration.
Ce système de la facture normalisée arrive donc vraiment au moment idéal. Il va permettre à la DGI de suivre de près et en temps réel les transactions commerciales effectuées par tous les assujettis à la TVA. C’est une excellente chose, car c’est une manière d’empêcher la fraude et l’évasion fiscale, et surtout d’augmenter la mobilisation des recettes publiques. J’ai appris que le 1er décembre de cette année, cette réforme sera mise en application. C’était notre souhait, et c’est aujourd’hui chose faite : nous venons de combler le vide que nous ressentions depuis très longtemps entre la DGI et les opérateurs économiques assujettis à la TVA.
FDM : Vous soulignez que la facture normalisée va favoriser une mobilisation accrue des recettes. Comment cet impact va-t-il se concrétiser ?
AT : La DGI est l’initiatrice de cette réforme. Il faut reconnaître que c’est l’honorable Jean-Michel Sama Lukonde, alors Premier ministre et actuel Président du Sénat, qui avait lancé cette réforme le 19 décembre 2023. Et évidemment, le Ministre des Finances actuel, Doudou Fwamba, l’a généralisée. C’est une très bonne chose ! Cette réforme nous permettra d’accroître sensiblement nos recettes publiques. Tout le monde s’en rendra compte d’ici peu. Par exemple, si l’on commence au mois de décembre, le budget 2027 sera largement supérieur à celui de 2026, qui est en cours de vote au Parlement. Nous espérons que ces recettes accrues profiteront réellement au peuple congolais.
FDM : Le Ministre des Finances Doudou Fwamba a annoncé le 23 juin dernier l’usage obligatoire de la facture normalisée pour tous les contribuables. Quelle analyse faites-vous de cette mesure ?
AT : Je pense que le Ministre des Finances est en train de réaliser un travail de titan, un travail important pour permettre à notre Trésor Public d’être rempli d’argent. Il faut saluer et féliciter le travail qu’il est en train d’accomplir. Il a fait en sorte que cette réforme soit appliquée à plusieurs entreprises. C’est une très bonne chose. Je crois qu’on va commencer avec les grandes entreprises, et cela, c’est grâce à notre Ministre des Finances. Il faut l’encourager dans ce sens. Il est venu donner du punch, booster ce qui avait été décidé. Il doit continuer ce travail, car le peuple congolais a grandement besoin de vivre comme des citoyens normaux, comme nous le voyons dans les pays développés.
FDM : Peut-on craindre un risque de résistance par rapport à l’application de cette mesure ?
AT : La FEC (Fédération des Entreprises du Congo) a déjà exprimé quelques résistances, ce qui est logique. La FEC a estimé que certaines entreprises ne sont pas prêtes. Cette réforme va entraîner des coûts. Il y a des coûts à supporter : il faut acquérir le dispositif électronique fiscal et disposer d’un personnel qualifié et formé. Tout cela demande de l’argent. Pour les petites entreprises, cela peut être un handicap. Mais au fur et à mesure que nous allons évoluer, elles trouveront les solutions nécessaires pour se mettre au pas.

Journaliste économique, je décrypte l’actualité financière et les tendances du marché. Spécialiste en communication des organisations, j’analyse leurs stratégies. Consultant, j’élabore des stratégies de communication globale percutantes pour les entreprises. Mon expertise se situe à l’intersection de l’économie, de la communication et du conseil.



